Le statut de la femme et l’égalité des sexes dans l’Avesta


Le statut de la femme et l’égalité des sexes dans l’Avesta

L’égalité entre les genres est fermement enracinée dans les enseignements du prophète aryen (Ashu) Zarathushtra, comme cela est rendu évident dans ses poétiques Gathas et dans l’Avesta. Le statut égal des deux sexes a donné à la femme une certaine puissance dans les communautés zoroastriennes à travers les âges.

Le Yasna 27:15 est un des trois manthras les plus importants des poétiques Gathas. Dans son troisième verset rimé des prières sont offertes aux saints femmes et hommes, et l’adoration des saintes/divines femmes qui possèdent armaiti (“le flot de pensées brillantes, de méditation sereine”) en leur tête est offerte aux Propices et Brillants Immortels.

Dans le Yasna 30:2, 2ème verset rimé, les hommes et les femmes héroïques sont appelés à exercer leur pouvoir de décision et à choisir avec sagesse de la même façon que le ferait un mage/sage (avestique vici, à comparer avec le vieil anglais wicca).

L’attribut utilisé pour les hommes et les femmes héroïques dans le Yasna 30:2, 2ème verset, est “narém-narem”. C’est l’épithète utilisé pour les dieux ou les demi-dieux dans le Rig Véda, et il vient de la racine nar, racine proto-indo-européenne *h2nḗr, « puissant, héroïque, courageux ». Parmi les cognats nous avons le grec ancien ἀνήρ ([anɛ:r]), le lituanien nóras “volonté”, le vieil irlandais ner, le gallois nêr, le latin neriōsus “ferme, résolu, puissant”.

Le terme nar/náir, de la même origine, est utilisé à travers les Gathas poétiques pour désigner les héros courageux à la fois masculins et féminins.

Le Yasna 35:6 recommande l’étude et la poursuite de la connaissance pour les hommes et les femmes qui en sont dignes (nā vā nāiri vā). Il est attendu des femmes (ainsi que des hommes) en plus d’être éduqués, de discuter, de délibérer et d’expliquer la sagesse/connaissance de la vérité divine : vaædā haithīm. Le terme haithīm dérive de la racine hath-. Il est lié au sanskrit satyá, au vieil anglais soð, et au vieux saxon soth : “oracle, vision véritable, sagesse divinement inspirée, manthra.”

Ailleurs dans l’Avesta (Hērbedestān:5), le sujet de l’éligibilité à l’éducation pour les études de prêtrise est discuté. Le texte déclare qu’une femme digne (nāirikā-), ou le seigneur/protecteur de la maison (nmānō.paiti-) peut s’engager dans les études de prêtrise. Celui qui est choisi (entre ces deux ndt.) est celui qui a la “plus haute estime pour la vertu, l’excellence” et dont on a le moins besoin pour s’occuper de la maison.

Le Nērangestān, chapitre 22 verset 2 permet à « chaque homme ou femme ou jeune personne qui connaît les manthras sacrés d’officier en tant que zaotar- (c’est-à-dire prêtre chargé de l’invocation) dans les cérémonies. » L’emphase est mise sur le fait que le facteur qualifiant est la maîtrise et la connaissance de la poésie inspirée et non pas le sexe ni l’âge.

En Visperad 3:4, le désir exprès de déléguer une “femme courageuse” est mis en parallèle dans le même verset avec le souhait de déléguer “un homme courageux” (nar-) qui connaît, qui est un sage de la religion pure, est de grande qualité (littéralement “de premier choix”).

Le 3ème verset rimé du Yasna 37:3 loue les anges gardiens/fravashis des hommes et des femmes héroïques : tém ashāunąm fravashīsh narąm-chá nāirinąm-chā.
Également, dans le Yasna 26:7, les anges gardiens ou fravashis des prêtres savants et ceux de leurs étudiants, hommes ou femmes, sont loués : Aæthra-paitinąm aæthryanąm narąm nāirinąm.
Le Yasht 13, versets 139 à 142 fait écho à ce verset. En effet, y sont loués les fravashis de nombreuses femmes vénérables. Dans les versets 143-144 les fravashis des femmes lumineuses et vertueuses, et ceux des hommes lumineux et vertueux de divers pays sont loués.
En Yasna 39:2, les âmes (urunō) des hommes et des femmes vertueux et dignes, où qu’ils soient nés, sont adorées (kudō zātanąmcīt̰ narąmcā nāirinąmcā).
Ainsi, dans le fragment avestique D.3, les deux sexes sont explicitement avertis : « Il n’a rien gagné, celui qui n’a (rien) gagné pour son âme. Elle n’a rien gagné, celle qui n’a (rien) gagné pour son âme. » (nöit̰ cahmi zazva yō nöit̰ urunæ zazva. nöit̰ cahmi zazushi yā nöit̰ urunæ zazushi.)
Yasna, 51:13, 1er verset rimé dénonce la malice des traîtres, hommes et femmes, qui excellent en dissimulation et en falsification.
Dans le Yasna, 53:6, le 1er verset rimé parle du « destin/devenir manifeste des hommes et des femmes courageux contre les hommes et les femmes mauvais » : ithā ī haithyā narö athā jə̄nayö.
Dans l’hymne à l’étoile brillante Tištriya (Yasht 8:59), à la fois l’homme mauvais (mairyö) et la femme mauvaise (jahika) sont bannis de toute participation aux cérémonies.
Dans le Yasna 41:2, une prière est offerte pour qu’un bon dirigeant, héros ou héroïne (nā vā nāirī vā), règne sur les deux existences (xšaætā ubōyō aŋhvō). Nous pouvons en conclure que les femmes sont autant considérées capables de diriger que les hommes, et dans le monde spirituel, et dans le monde matériel.
Yasna 53:8, 3ème verset, on prie, désire du fond du cœur être bien gouverné par les dirigeants : hommes et femmes qui feront cesser tout bain de sang et apporteront paix et bonheur aux villages et aux campements.
En Yasna 38:3 on parle des divinités féminines en rapport avec les eaux donneuses de vie.
Dans le Yasna 38:1 on compare la qualité de la terre à la fertilité des femmes. Le terme utilisé pour femme est genā dans le verset. À comparer avec le grec γυνή (gunè): femme, sanskrit gna: “femme d’un dieu, divinité”, avec le vieux slave zena, vieux prussien genna, gothique gina “femme, épouse”, “femme”, qéns: “reine”, suédois kvinna, tous ces mots venant de l’indo-européen *gʷḗn.
À noter que le mot vieil anglais cwen “reine, dirigeante” vient de cette même racine. Le mot genā est utilisé à nouveau Yasna 46:10, 1er verset, l’homme et femme (qui font ce qui est mieux, qui servent Aša etc.) traverseront le pont vers les autres dimensions (chinvatö pərətüm).
Dans le Yasna 54:1, c’est-à-dire le manthra puissant ā airyemā išyō on peut voir qu’airya-man, ou la noble compagnie est invoquée pour que les souhaits des hommes et des femmes courageux soient exhaucés (nərəbyas-cā nairibyas-cā zarathúshtrahæ.)

En conclusion, j’ajouterai que les lois de pureté sophistiquées sont communes aux deux sexes dans le zoroastrisme (par exemple la disposition qu’il faut prendre avec les cheveux et les ongles coupées, cf. Videvdad 17). Certes les femmes sont sujettes à des régulations de pureté supplémentaires qui concernent surtout leurs fonctions de procréation telles que la menstruation (Videvdad 16:4-7) et l’accouchement (Videvdad 5:48-56).
Notons cependant que les hommes également ont des rites de pureté spécifiques à leur sexe (Videvdad 18:46).
Évidemment, et l’homme, et la femme, ayant reçu leur cérémonie d’initiation, ont le devoir de porter le sudreh et le kushti, vêtement et ceinture sacrés, symboles de leur engagement dans la foi mazdéenne.
Dans la jurisprudence zoroastrienne, les hommes et les femmes héritent des parts égales et les lois d’héritage ne favorisent pas une partie par rapport à une autre à cause de son sexe. De plus ce sont les femmes (les plus proches du décédé) qui sont censées garantir l’héritage jusqu’à ce qu’il soit correctement partagé (cf. Dadestan-i Denig), il est aussi écrit que « si rien n’est indiqué de contraire, la fortune [de l’héritage] va à une femme ou une fille qui est préférée ».
Enfin, il est très intéressant de noter que le Bundahišn (XIVa:1) loue, glorifie presque, le plaisir sexuel féminin.

Ardeshir (traduit et légèrement augmenté par Chams).

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